Africa Renewal Logo

Mobiliser les hommes pour les droits des femmes

Par Stephanie Urdang, de Johannesburg pour Afrique Renouveau, un magazine de l’Organisation des Nations Unies

Lorsqu’un vieil homme pris la parole au cours d’un atelier sur la parité des sexes organisé à Hoedspruit, une communauté rurale du nord de l’Afrique du Sud, Bafana Khumalo sentit le découragement l’envahir. Animateur de cet atelier qui s’adressait surtout aux hommes, il avait déjà abordé les questions de la virilité et du rôle de l’inégalité des sexes dans la montée en flèche des taux de HIV en Afrique du Sud.

Il craignait que l’intervenant affirme que l’égalité entre les hommes et les femmes était une notion contraire à la culture africaine et que l’autonomisation des femmes était un facteur de conflits familiaux.

“A mon retour à la maison hier, j’ai appelé mes fils et ma femme et je leur ai dit ce qu’on faisait dans cet atelier”, a dit le vieil homme. Il a expliqué à ses enfants que les choses devaient changer à la maison, qu’il n’était plus acceptable que leur mère qui rentre fatiguée de sa journée de travail soit obligée de faire la cuisine, le ménage, de laver la vaisselle et tout ranger elle-même. Ce n’était tout simplement pas juste. “Il vous faudra commencer à ranger les affaires et préparer le dîner de manière qu’à son retour à la maison votre mère puisse constater qu’on l’a tous aidée. Je suis trop vieux pour apprendre à faire la cuisine, mais je suis disposé à faire la vaisselle”, a-t-il ajouté.

L’adhésion de ce participant à l’un des principaux messages de l’atelier a été un moment important pour Bafana Khumalo. Les conventions sociales assimilent la virilité à “la domination et l’agressivité, la conquête sexuelle et l’intrépidité”, souligne-t-il. Les normes sociales définissent par ailleurs les rôles attribués aux hommes et aux femmes.

Progrès

“C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’on avançait, a-t-il confié à Afrique Renouveau. De tels ateliers contribuent en effet à modifier les attitudes. Des études menées par le réseau Men as Partners (MAP) d’Afrique du Sud indiquent que 71 % des hommes qui y participent estiment que les femmes devraient avoir les mêmes droits que les hommes, contre 25 % seulement pour l’ensemble de la population masculine. Interrogés sur la question de savoir s’il était normal de battre leur femme de temps à autre, 82 % des participants aux ateliers ont répondu par la négative et 38 % de non-participants positivement.

Bafana Khumalo est codirecteur de Sonke Gender Justice, une organisation non gouvernementale créée en 2006 qui s’attaque à deux fléaux majeurs : la violence contre les femmes et les taux très élevés de VIH. M. Khumalo est frappé par l’empressement avec lequel les hommes de ses ateliers abordent les questions liées à la violence contre les femmes et leur rôle dans cette violence. Il est persuadé que l’autonomisation des femmes ne suffit pas à obtenir l’égalité entre les sexes, et que le comportement et les attitudes des hommes sont les principaux facteurs à l’origine de la propagation du VIH et de la violence contre les femmes.

De nombreuses études indiquent que l’Afrique du Sud est le pays qui compte le plus grand nombre de cas de viol signalés dans le monde. D’après une enquête du Medical Research Council (MRC) d’Afrique du Sud, près d’un homme sur quatre s’était déjà livré à des violences sexuelles : 16, 3 % avaient violé une personne autre que leur partenaire ou participé à un viol collectif, alors que 8,4 % avaient fait subir des sévices sexuels à une partenaire intime.

Après la fin de l’apartheid en 1994, le nouveau gouvernement a fait de l’égalité entre les sexes un objectif prioritaire. La constitution de 1996 a été parmi les premières dans le monde à accorder une attention particulière à la protection et la promotion des droits de la femme et à l’égalité entre les sexes. La constitution a établi une commission sur l’égalité des sexes chargée de faire progresser la démocratie et les droits de l’homme pour tous les citoyens. Six ans plus tard, l’une des membres de la commission, Sheila Meintjes, fait remarquer que “sans la mobilisation des hommes comme partenaires, nos efforts risquent d’être voués à l’échec”.

Des campagnes nationales contre la violence animées par les hommes

Les premières initiatives destinées à sensibiliser les hommes ont été menées en coopération avec les organisations féminines. L’Agisanang Domestic Abuse Prevention and Training (ADAPT) a ainsi mis au point un programme de sensibilisation des hommes à la violence domestique. Ce “mouvement masculin” s’est ensuite progressivement étendu.

Des organisations de la société civile se sont mobilisées, en lançant notamment des programmes comme Fathers Speak Out et en créant le réseau Men as Partners et le Forum des hommes d’Afrique du Sud. Des fédérations de syndicats et des groupes confessionnels ont mis au point des programmes consacrés à l’égalité des sexes et au VIH. Leurs activités comprennent : tenue d’ateliers de formation, mise en scène de spectacles, organisation de débats dans les tavernes, peintures murales illustrant les différents aspects du programme et initiatives mobilisant les membres des communautés.

Sonke Gender Justice organise une campagne nationale impliquant aussi bien les hommes que les femmes, cette campagne a été lancée dans les neuf provinces du pays et est progressivement mise en place dans les pays voisins. Elle offre des conseils sur la manière d’instaurer la confiance entre partenaires et avec les femmes en général, elle entend également faire comprendre que les hommes sont capables d’aimer passionnément, mais avec respect et sensibilité.

“Nous encourageons les hommes à s’exprimer sur ces questions, à prendre position, plutôt que de se contenter d’observer sans rien faire”, poursuit Bafana Khumalo. Lorsqu’un homme voit une femme battue par son fiancé ou son mari ou entend des cris derrière une porte fermée, il doit assumer ses responsabilités. “Les femmes ont peur de nous, elles ont peur d’entendre des pas qui les suivent dans la nuit. Il faut leur prouver que nous sommes attentifs à leurs préoccupations et que nous ne tolérons plus les comportements inacceptables des hommes à leur égard”, dit-il.