
| [ retour au volume 19 #3 sommaire ] [ retour à la page d'accueil d'Afrique Renouveau ] Afrique Renouveau, Vol. 19 #3 (Octobre 2005), page 5 Traduire les mots en action concrète, exigent les AfricainsLes engagements du G-8 et du Sommet mondial passés au peigne finL’Afrique parleEn 2005, plus qu’en toute autre année récente, l’Afrique a figuré en bonne place sur la scène internationale. Du rapport publié en janvier par l’équipe du projet du Millénaire des Nations Unies sur les mesures à prendre pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) au Sommet mondial de 2005 tenu à New York en septembre, en passant par le rapport publié en mars par la Commission britannique sur l’Afrique et les sommets tenus en juillet par l’Union africaine en Libye et par le Groupe des Huit (G-8) à Gleneagles (Ecosse), les problèmes, besoins et aspirations du continent ont suscité un intérêt sans précédent. Pourtant, les vues et les attentes des Africains ont reçu moins d’attention que les nombreuses promesses des Présidents et des Premiers Ministres des pays développés. Nous présentons ci-après des extraits de certains points de vue exprimés par les Africains. Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l’Union
Trop de promesses nous ont été faites au cours de trop de grands rassemblements, mais elles n’ont jamais été tenues… Au train actuel, les objectifs de développement du Millénaire prévus pour 2015 ne seront pas atteints avant un siècle, s’ils l’étaient. Cependant, accueillons les promesses d’aujourd’hui en étant plus vigilants, en partenaires, en responsables, dans l’esprit du NEPAD [Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique]. L’annulation totale de la dette de 14 pays africains …est un pas important … Il s’agira de veiller à ce que les effets de ce geste ne soient pas amoindris par des conditionnalités. Il s’agira aussi, pour nous, ce nous semble, de poser solidairement le principe du désendettement de tous les pays africains car, tous les pays africains sont écrasés, dans des termes semblables, par cette dette. Libérer les pays dits “les plus pauvres” sans les autres n’est pas libérateur de l’énergie du continent car le rôle moteur des autres s’en trouve bloqué… L’Afrique a besoin aujourd’hui de financements massifs pour lesquels ni l’annulation totale de la dette, ni le doublement de l’aide publique au développement, ni même une combinaison des deux ne sauraient suffire…Il faut d’autres ressources; il nous faut alors poser le problème de la rémunération correcte de nos matières premières, de la sécurisation des ressources provenant des matières premières. Le traitement correct et urgent de la question des subventions et de l’ouverture du marché agricole mondial est une exigence à la fois politique et morale. Nous devons, dans ce combat, nous engager tous derrière les pays producteurs de coton qui, par leur lutte, ont réussi à faire du coton le symbole des inégalités du système mondial du commerce. Olusegun Obasanjo, Président du Nigéria, Nous aussi sommes déterminés à renforcer nos propres capacités en vue d’examiner l’efficacité de toutes ces initiatives et les progrès réalisés dans leur mise en œuvre. Une autre priorité au moment où nous stabilisons notre gouvernance grâce au Mécanisme d’évaluation intra-africaine doit être d’encourager l’appui et l’engagement de la communauté internationale en vue de renforcer les capacités de l’Union africaine en matière de paix et de sécurité. Tajudeen Abdul-Rahman, Secrétaire général du Mouvement panafricaniste, Kampala (Ouganda), 7 juillet Pourtant, un autre groupe d’hommes influents, tous des chefs d’Etat venus de toute l’Afrique, se réunissait dans la ville de Syrte (Libye) pour décider de l’avenir de l’Afrique, sans avoir une couverture semblable dans les médias du monde entier…. Fait révélateur, le sommet de l’Union africaine ne s’est pas appesanti sur l’aide mais a plutôt appelé à l’élimination des règles commerciales injustes qui faussent le commerce international au détriment de l’Afrique et a demandé qu’un calendrier précis soit établi pour l’élimination des subventions. Force est de constater que les dirigeants africains ne sont pas convaincus par les divers engagements pris en matière d’aide et qu’ils veulent que nous devenions prospères grâce aux échanges commerciaux plutôt que grâce à une aide qui ne fera que nous maintenir dans un état de dépendance. Bamanga Tukur, Président de l’African Business Roundtable et du Groupe du NEPAD chargé du secteur des entreprises, juillet 2005 John Moru, ActionAid International-Nigeria, article paru dans This Day, Lagos (Nigéria), 17 août Gregory Chikwanka, coordonnateur adjoint, Civil Society for Poverty Reduction, Zambie, 31 août Les pays développés ont tendance à réduire l’aide après l’annulation de la dette, ce qui ne devrait pas être encouragé. 2015 n’est pas très loin de 2005 ; il serait dommage pour la Zambie que la situation en matière de pauvreté ne s’améliore pas, sans parler d’une inversion des indicateurs sociaux…. Lorsque les institutions multilatérales se réuniront pour examiner les décisions des pays du G-8, elles ne devraient pas imposer des conditions trop rigoureuses. On a la preuve manifeste que la Zambie a eu du mal à satisfaire les conditions liées à l’aide et à l’annulation de la dette, et si on nous impose les mêmes conditions…nous allons en pâtir.
Yoweri Museveni, Président de l’Ouganda, Sommet mondial, Abdoulaye Wade, Président du Sénégal, Sommet mondial, John Kufuor, Président du Ghana, Sommet mondial, 14 septembre La revendication par l’Union africaine de deux sièges permanents au Conseil doit par conséquent être soutenue. Abdelaziz Bouteflika, Président de l’Algérie, Sommet mondial, Benjamin Mkapa, Président de la Tanzanie, Sommet mondial, L’aide n’est pas la charité; c’est un investissement dans la paix, dans la sécurité et dans la solidarité humaine. En ne s’attaquant pas aux causes de la pauvreté, nous institutionnalisons les entreprises de charité. Cela n’a aucun sens d’un point de vue politique, aucun sens d’un point de vue économique et aucun sens d’un point de vue éthique. Paul Biya, Président du Cameroun, Sommet mondial,
Thabo Mbeki, Président de l’Afrique du Sud, Sommet mondial, 14 septembre Nous croyons fermement que la raison pour laquelle nous n’avons pas fait les progrès attendus, au cours des cinq dernières années, tient précisément au fait que nous ne sommes pas encore parvenus à ce qui est présenté dans le document final comme “un consensus en matière de sécurité.” Nous ne sommes pas parvenus à ce consensus en matière de sécurité à cause de la grande diversité de conditions de vie et d’intérêts des Etats Membres de l’ONU ainsi que du flagrant déséquilibre des forces qui caractérisent les relations entre ces Etats Membres…. Annan : ‘Saisir l’occasion’ pour l’AfriqueL’année écoulée a été marquée par une “mobilisation sans précédent de l’opinion internationale en faveur de l’Afrique,” note le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. “Le problème fondamental est de saisir l’occasion offerte et de maintenir l’élan.” Dans deux rapports à l’Assemblée générale, M. Annan présente les principales réalisations de l’année écoulée, notamment les progrès accomplis pour ce qui est de réduire le nombre de conflits armés et les mesures supplémentaires prises pour appliquer le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le plan de développement de l’Union africaine. Lorsqu’en 1998 le Secrétaire général a publié son rapport, qui a fait date, sur les causes des conflits en Afrique, 14 pays africains étaient touchés par la guerre. Depuis lors, indique-t-il, le nombre a considérablement baissé et aujourd’hui, “seulement trois pays africains sont engagés dans un conflit majeur”, à savoir la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo et le Soudan. Toutefois, ces trois conflits “ont engendré des pertes énormes en vies humaines, la barbarie et la désintégration du genre humain,” tandis que d’autres pays connaissent des troubles civils de plus faible intensité. Alors que l’ONU entreprend d’importantes opérations de maintien de la paix sur le continent, l’Afrique renforce sa propre capacité en matière de prévention, de médiation et de règlement des conflits, notamment en mettant en place le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en 2004. Sur les plans économique et social, les pays africains élaborent des projets concrets pour réaliser l’objectif du NEPAD. Parmi ces projets, on peut citer la construction d’un gazoduc en Afrique de l’Ouest, l’accroissement de la productivité agricole, l’introduction de davantage d’ordinateurs et d’autres technologies dans les écoles et le renforcement de la lutte contre le VIH/sida. Les donateurs et les créanciers sont convenus d’accroître l’aide et l’allégement de dette consentis à un certain nombre de pays africains ; toutefois, ces initiatives doivent être élargies et s’accompagner de mesures visant à améliorer les perspectives commerciales de l’Afrique. M. Annan exhorte les partenaires internationaux de l’Afrique à honorer les engagements qu’ils ont pris. “La lenteur et les retards dans l’exécution des engagements peuvent entraver le rythme d’application, perturber les priorités des pays partenaires et conduire à une perte de confiance dans le soutien international.” [ retour au volume 19 #3 sommaire ] [ retour à la page d'accueil d'Afrique Renouveau ] [ Envoyer cet article par e-mail ] [ Accueil
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