
| [ retour au volume 19 #3 sommaire ] [ retour à la page d'accueil d'Afrique Renouveau ] Afrique Renouveau, Vol. 19 #3 (Octobre 2005), page 8 Le G-8 annule en partie la dette de l’AfriqueMais l’accord sera-t-il assorti de nouvelles conditions ?Par Gumisai Mutume En proposant d’annuler 40 milliards de dollars de dettes dues aux institutions multilatérales, les pays industrialisés du Groupe des huit (G-8) ont officiellement donné suite à une demande formulée depuis longtemps par les pays pauvres. Cette décision prise au sommet du G-8 de juillet porte sur la dette que doivent 18 pays — dont 14 pays d’Afrique — à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international (FMI) et à des banques régionales de développement comme la Banque africaine de développement. Les militants anti-dette ont cependant jugé cette mesure trop timide et trop tardive et redoutent qu’elle soit assortie de nouvelles conditions.
“Ce n’est pas la fin de la pauvreté en Afrique, a reconnu le Premier Ministre britannique Tony Blair, dont le gouvernement a joué un rôle de premier plan dans cette décision. Mais cela représente l’espoir de pouvoir y mettre un terme. Ce n’est pas tout ce que tout le monde voulait, mais c’est un progrès réel et concret.” Pour la cinquième fois consécutive, l’Afrique figurait en très bonne place au programme du sommet du G-8. Cette année, les participants ont évalué les progrès réalisés dans le cadre du Plan d’action pour l’Afrique du G-8, lancé à Kananaskis (Canada) en 2002 dans le but d’attirer de nouveau l’attention sur le continent avant le Sommet mondial de l’ONU en septembre 2005 et la réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce qui aura lieu à Hong Kong en décembre. Le sommet du G-8 a principalement traité de trois questions économiques concernant l’Afrique : l’allégement de la dette, le commerce et l’aide.
Le Président nigérian Olusegun Obasanjo a qualifié le sommet du G-8 de “grand succès”, tandis que le Gouverneur de la banque centrale de Tanzanie, Daudi Balali, a accueilli favorablement le plan d’allégement de la dette du G-8, qu’il considère comme l’occasion pour son pays “d’étendre les services de santé et d’éducation”. “Nous pourrons également développer notre infrastructure”, a-t-il ajouté. Le mouvement anti-dette Jubilee USA Network estime que, malgré ses imperfections, le plan du G-8 permettra de sauver des vies en Afrique. “Outre l’annulation de 100 % de la dette due par certains pays à certains créanciers, ce qui crée un précédent important, cet accord libérera près d’un milliard de dollars par an de ressources, que les pays pauvres pourront consacrer au développement.” Le Gouvernement zambien a déclaré que l’argent ainsi libéré servirait à fournir des traitements antirétroviraux à 100 000 patients séropositifs. La dernière grande décision concernant la dette africaine que le G-8 a prise remonte à Cologne (Allemagne) en 1999, lorsque les membres ont proposé d’annuler 100 % de la dette bilatérale que les pays pauvres leur devaient. Mais cette proposition est restée en deçà des attentes, car la dette multilatérale, due à des institutions telles que le FMI, n’a été que partiellement allégée. Cette fois-ci, l’annulation portera également sur la dette multilatérale. Pour bénéficier du programme du G-8, un pays doit d’abord passer par toutes les étapes de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Cette Initiative a été mise en place en 1996 par la Banque mondiale et le FMI pour alléger l’endettement excessif des pays pauvres. Du fait de la lenteur de sa mise en œuvre, l’Initiative a été “renforcée” en 1999 mais n’a toujours pas apporté de solution durable au problème de la dette. Trente-huit pays, dont 32 se trouvant en Afrique subsaharienne, ont été jugés susceptibles de bénéficier d’un allégement de la dette dans le cadre de cette Initiative. À ce jour, des réductions qui, à terme, se chiffreront à 54 milliards de dollars, ont été accordées. Les pays ayant bénéficié de l’annulation la plus récente de 40 milliards de dollars sont : le Bénin, la Bolivie, le Burkina Faso, l’Ethiopie, le Ghana, le Guyana, le Honduras, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, le Nicaragua, le Niger, l’Ouganda le Rwanda, le Sénégal, la Tanzanie et la Zambie.
“De très petits pas” “Ce dont l’Afrique a besoin de la part du G-8, c’est un pas de géant en avant — or tout ce qu’elle a eu, ce ne sont que de très petits pas, accuse Mme Caroline Sande Mukulira du bureau pour l’Afrique australe de l’organisation non gouvernementale ActionAid. L’accord annoncé est très loin de donner suite à nos exigences. Il y a de l’aide, mais pas assez ; il y a de l’allégement, mais pas assez ; et quasiment rien sur le commerce. Une fois de plus, le peuple africain est lésé.” Pour bénéficier d’un allégement dans le cadre de l’accord du G-8, les pays sélectionnés doivent satisfaire aux conditions de l’Initiative PPTE relatives à la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la fraude, ouvrir leur économie et libéraliser les échanges commerciaux. Pour entrer en vigueur, cet accord devait être approuvé par les conseils d’administration du FMI et de la Banque mondiale à leur réunion annuelle qui s’est tenue fin septembre. Bien qu’il ait été approuvé, certains membres du conseil d’administration ont proposé des amendements à l’accord original, qui auraient pour effet d’imposer des conditions supplémentaires avant d’accorder l’intégralité de l’allégement prévu. Le représentant de l’Autriche au conseil d’administration du FMI, M. Willy Kiekens, a proposé que les réductions ne soient pas accordées une fois pour toutes, mais progressivement. Cela permettrait à son avis au FMI “de continuer à débattre activement avec les pays pauvres des politiques à adopter, à suivre de près leurs politiques et à apporter un appui financier de façon progressive et à condition que des politiques adéquates soient mises en œuvre”. Les partisans de conditions supplémentaires estiment qu’il s’agit là du seul moyen de faire en sorte que les pays endettés ne s’enlisent pas. Certains militants anti-dette estiment que ces conditions constituent une violation de la souveraineté des pays emprunteurs et imposent des programmes qui risquent de ne pas être adaptés aux économies des pays pauvres. Ils craignent également que l’ajout de conditions supplémentaires à l’accord du G-8 ne fasse que paralyser le programme. Par le passé, les retards fréquents constatés dans l’application de l’Initiative PPTE ont été dus à des “cadres fiscaux et macroéconomiques excessivement rigides”, estime Debt Relief International, une organisation à but non lucratif financée par le Royaume-Uni et six autres gouvernements de pays industrialisés. Le processus a en outre été compliqué par “l’acharnement à satisfaire des conditions structurelles héritées des programmes précédents” et la “prolifération de nouveaux critères relatifs à la réduction de la pauvreté”. À l’approche du Sommet du G-8, l’Union africaine, l’organe politique du continent, a demandé qu’un programme généralisé d’annulation de la dette de l’Afrique soit mis en place dans l’ensemble du continent. “Nous demandons aux pays développés et aux partenaires de développement d’accélérer le processus d’annulation totale de la dette de l’Afrique d’ici l’année 2007”, ont indiqué les dirigeants africains dans une résolution rendue publique la veille du sommet du G-8. Le plan du G-8 ne s’appliquera cependant qu’aux 38 pays satisfaisant actuellement aux conditions de l’Initiative PPTE, ce qui portera le montant maximal de la réduction de la dette multilatérale à 55 milliards de dollars. On ne sait pas si de nouvelles conditions seront ajoutées au plan du G-8 à mesure que la Banque mondiale et le FMI s’emploieront à l’exécuter. Où est l’argent ? “Les intentions ne sont pas la même chose que la réalisation, affirme le Ministre des finances du Kenya, David Mwiriria. Nous aimerions voir une situation où il y aurait de l’argent dès maintenant.” Comme d’autres pays africains, le Kenya estime avoir besoin d’une réduction de la dette mais en est exclu parce qu’il ne satisfait pas aux conditions de l’Initiative PPTE. Le Nigéria, l’un des pays d’Afrique les plus lourdement endettés, ne peut pas non plus prétendre bénéficier de l’Initiative PPTE ou du plan du G-8. Avant le sommet du G-8, le Nigéria a obtenu une annulation de 18 milliards de dollars de la dette bilatérale qu’il doit aux membres du Club de Paris, un groupe informel de riches pays créanciers. En marge également du sommet du G-8, la Russie a annoncé qu’elle annulerait 2,2 milliards de la dette bilatérale que lui doivent les pays pauvres. La décision de la Russie ne s’applique qu’aux pays bénéficiant de l’Initiative PPTE. Si l’accord original du G-8 est maintenu en l’état, on ne sait pas encore dans quels délais en bénéficieront les pays de l’Initiative PPTE autres que les 18 premiers. D’après la Banque mondiale, 9 autres pays devraient parvenir au point d’achèvement de l’Initiative PPTE dans les 12 à 18 prochains mois, ce qui leur permettrait de pouvoir bénéficier de l’allégement du G-8 : le Cameroun, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Malawi, la République démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe, la Sierra Leone et le Tchad. Le montant total de la dette de l’Afrique s’élève à environ 300 milliards de dollars. Jubilee South, réseau mondial d’ONG anti-dette, estime que le montant devant être annulé par le G-8 ne constitue qu’une “minuscule” partie de cette somme. Toute “annulation de la dette doit être sans condition”, a ajouté la coalition dans un communiqué. Le Réseau européen sur la dette et le développement juge ce plan limité car des pays comme le Kenya, l’Angola et Haïti en sont exclus. D’après ses calculs, 62 pays s’acquittent chacun de paiements de 10 milliards de dollars au titre du service de la dette, qu’il faut annuler pour qu’ils puissent parvenir aux objectifs du Millénaire pour le développement, visant à réduire la pauvreté. “Si l’accord du G-8 est un pas en avant et crée un précédent important, nous préconisons depuis longtemps une annulation de 100 % de la dette due aux créanciers multilatéraux. Notre campagne pour la liberté de la dette des pays appauvris ne fait que commencer”, déclare M. Neil Watkins, coordinateur national de Jubilee USA Network. “Nous continuerons à faire pression auprès des pays du G-8 pour qu’ils annulent la dette de tous les pays appauvris et pays en crise.” [ retour au volume 19 #3 sommaire ] [ retour à la page d'accueil d'Afrique Renouveau ] [ Envoyer cet article par e-mail ] [ Accueil
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