
| [ retour au volume 19 #3 sommaire ] [ retour à la page d'accueil d'Afrique Renouveau ] Afrique Renouveau, Vol. 19 #3 (Octobre 2005), page 3 Niger : une famine annoncéeRéaction tardive des donateurs aux appels de l’ONUPar Michael Fleshman Les pluies saisonnières ont fait leur réapparition dans le sud du Niger en juin, faisant sortir du sol sec les tiges vertes du mil et signalant la fin — du moins l’espère-t-on — d’une pénurie alimentaire qui a exposé 2,4 millions de Nigériens, dont 800 000 enfants, à la malnutrition. Les agents humanitaires internationaux ont commencé à arriver pour distribuer les rations d’urgence nécessaires jusqu’à la récolte. Cette tragédie n’a rien d’inhabituel dans un pays où les taux de malnutrition, de mor-talité infantile et de pauvreté sont élevés même en temps normal. Mais cette fois-ci, la communauté internationale savait que sa mort était imminente dès sa naissance et n’a rien fait pour l’empêcher. ‘Un silence assourdissant’ Les experts imputent le problème en partie au caractère localisé des pénuries alimentaires, qui ont fait grimper les prix des denrées alimentaires à l’échelon régional et ont conduit le Gouvernement, l’ONU et les organismes d’aide à considérer qu’il s’agissait de pauvreté chronique et de distorsion des marchés des céréales plutôt que d’une situation d’urgence. L’organisation non gouvernementale Médecins sans frontières (MSF) a critiqué l’ONU, l’accusant d’être intervenue trop tard, avec trop peu de ressources, et de n’avoir pas tiré la sonnette d’alarme assez tôt. En réalité, l’ONU et les autres observateurs ont signalé que le sud du Niger sombrait dans une crise dès novembre 2004, à la suite d’une mauvaise récolte due à la sécheresse et aux acridiens. Le mois suivant, le Gouvernement nigérien avait lancé un appel d’urgence pour 78 000 tonnes d’aide alimentaire, avec le concours du Programme alimentaire mondial (PAM). Cet appel, ainsi que les autres qui ont suivi, fait observer le responsable des opérations humanitaires de l’ONU, le Secrétaire général adjoint Jan Egeland, s’est heurté à un “silence quasi-assourdissant”. Les initiatives prises par l’ONU et d’autres organismes d’aide pour alerter le monde face à la crise imminente au Niger ont été nombreuses (voir la chronologie ci-dessous). C’est seulement à la mi-juillet, lorsque la télévision britannique BBC a diffusé des images d’enfants nigériens mourants, fournies par l’ONU, que les donateurs ont enfin commencé à réagir. Le PAM a reçu plus d’annonces de contributions pendant les 10 jours qui ont suivi l’émission qu’au cours des huit mois précédents. “Il n’y a pas de quoi se réjouir du fait que le monde ne peut être touché que par des images montrant une souffrance insupportable”, s’est plaint le Directeur exécutif du PAM, James Morris. “Nombre des enfants qui sont apparus dans les reportages ne pouvaient déjà plus être sauvés.” Remettre en état un système “irrationnel” Pour nombre d’observateurs, les morts et la souffrance évitables survenues au Niger attestent la nécessité d’une réforme profonde du système mondial de secours, dépendant de la couverture médiatique — système que le Directeur exécutif de MSF, Nicolas de Torrente, a récemment qualifié de “complètement irrationnel”. La plupart des propositions avancées visent à mettre en place un fonds d’urgence assez important pour permettre d’intervenir immédiatement face aux situations humanitaires avant qu’elles ne dégénèrent en crises. A l’heure actuelle, le PAM et d’autres organismes ne peuvent emprunter que des montants limités au fonds d’urgence des Nations Unies ou d’autres opérations pour des interventions rapides — et seulement s’ils ont reçu des donateurs des promesses de remboursement. “Imaginez que votre service local de sapeurs-pompiers doive demander de l’argent au maire chaque fois qu’il a besoin d’eau pour éteindre un incendie ravageur”, fait remar-quer Egeland. “C’est la situation déplorable à laquelle sont confrontés les agents humanitaires qui tentent désespérément de sauver des vies mais n’ont pas de fonds pour obtenir l’eau — ou les médicaments, le logement ou la nourriture — nécessaires pour éteindre l’incendie. Ces retards sont mortels.” Nombreuses inquiétudes concernant l’évolution
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