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Les conteurs canadiens se battent pour
sauver leur langue


Photo de James« Nos ancêtres respectaient tout ». James Young

James Young, conteur, pêcheur retraité et ancien du peuple autochtone Haida se ballade dans son canoë le long du rivage spectaculaire des îles de la Reine Charlotte au large de la côte Pacifique du Canada et raconte l'histoire du crabe. Alors que le crabe se trouve sur une montagne, il est redescendu pour pincer les Haidas qui barbottaient dans les gorges. « Les Haidas n'apprenaient pas leur langue assez rapidement, c'est pourquoi le crabe les a pincés », explique James.

« Nos ancêtres respectaient tout. Ils respectaient également beaucoup l'histoire du crabe », poursuit-il. Cette histoire nous rapelle se que savaient les anciens : La vitalité du peuple Haida repose dans la persistance de sa langue.

Le canoë fait à la main dans lequel James est assis est aussi riche en histoire que ses contes - creusé dans un unique tronc de cèdre géant par le défunt Bill Reid, tailleur haida et artiste de renommé mondiale. La veille, de nombreux Haidas sont retourné à New York où ils avaient récupéré la dépouille de leurs ancêtres emportés par des archéologues il y a un siècle. De retour dans la ville de Skidegate, les restes sacrés avaient été placés dans ce canoë jusqu'à la cérémonie d'inhumation, quatre jours plus tard.

Chaque jour de la semaine, James assiste au programme de préservation de la langue dans une maison sur pilotis à Skidegate pour enregistrer ses connaissances sur des bandes magnétiques. A l'intérieur, les aînés élevés dans différents villages discutent de la prononciation et de l'épellation, enseignent aux plus jeunes, pratiquent les passages difficiles et analysent les nuances du haida - une langue qui dépend beaucoup des modificateurs et des métaphores.

Actuellement ils sont seulement 50 anciens à parler couramment la langue sur une population totale de 4 000 Haidas dans les îles de la Reine Charlotte et sur celle du Prince de Gales au large de l'Alaska.

La tradition orale a toujours été transmise avec révérence et se compose d'une multitude d'histoires racontées par les anciens. Dans tout ce qu'ils font, les haidas établissent des rapports avec leurs ancêtres, la terre, et la génération contemporaine : les phoques, les baleines et les corbeaux sont désignés comme leurs propres frères et soeurs, les poissons et les arbres deviennent le « peuple à nageoires » et le « peuple des arbres ».

Le préambule de la constitution haida reflète ce qui précède et offre une présentation poétique du peuple haida : « notre culture, notre héritage est l'enfant du respect et de l'intimité avec la terre et la mer. Telle la forêt, les racines de notre peuple sont si entrelacées que les plus grandes difficultés ne peuvent nous séparer. Nous devons notre existence au Haida Gwaii. »

« Sur ces îles, nos ancêtres ont vécu et sont morts et c'est aussi ici que nous construirons nos maisons jusqu'à ce que nous soyons appelés à les rejoindre dans le grand au-delà. La génération contemporaine assume la responsabilité d'assurer la transmission de notre héritage aux générations suivantes  ».

Le Haida Gwaii est le nom que donnent les haidas aux îles de la Reine Charlotte, les « îles du peuple ». Des traces des ancêtres des haidas ont été trouvées sur des centaines de sites archéologiques sur le Haida Gwaii, et le plus ancien a approximativement 9 000 ans.

Une grande partie des 138 îles sont maintenant intégrées au parc national de Gwaii Haanas. A Juneau, en Alaska, il y a un Conseil représentatif central des tribus indiennes Tlingit et Haida d'Alaska, un gouvernement souverain représentant 24 000 personnes. Le peuple Haida est lui même divisé en deux clans : celui de l'Aigle et celui du Corbeau.

Le mythe de la création des haidas, qui présente de nombreuses variantes, parle du caractère du Corbeau qui cajole un homme caché dans une coquille de palourde pour l'en faire sortir. Dans un autre mythe le corbeau emploie son adresse pour se déguiser et pour voler le soleil, la lune, et les étoiles de la demeure du maître du ciel, pour les donner au peuple.

Les histoires et les mythes originels du peuple haida sont maintenant enseignés dans les écoles Canadiennes mais ce n'était pas le cas avant 1972. Un effort concerté de documentation a alors été fourni quant à la structure et au vocabulaire du haida. Il existe deux dialectes : l'un est parlé dans le Skidegate, l'autre dans le Masset, à quarante milles plus au nord. Ce dialecte septentrional est également parlé par la population haida d'Alaska.

Il y a cent ans, il existait beaucoup plus de dialectes parce que la langue s'était développée différemment dans chacun des villages largement dispersés. Cependant, avec l'impact de la variole, qui a tué environ 95% de la population haida, ces villages ont été abandonnés.

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