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Changer les cœurs, les esprits et les lois sur le handicap

Thomas Schindlmayr a contribué aux efforts de l’ONU en vue de l’adoption d’une nouvelle convention globale pour les droits des personnes handicapées. Il était en fauteuil roulant à la suite d’un accident de voiture à l’âge de quatre ans.

Thomas est décédé le 26 avril 2008, à l’âge de 38 ans. Les Nations Unies souhaitent rendre hommage à sa mémoire et au travail de sa vie pour promouvoir la Convention pour les droits des personnes handicapées.

Il était une source d’inspiration unique pour l’équipe qui a travaillé à soutenir les négociations qui ont mené à l’adoption de la Convention en 2006. La Convention est entrée en vigueur le 3 mai 2008.

Thomas Schindlmayr Pour Thomas, le combat en faveur d’une convention pour les droits des personnes handicapées était personnel. Il a passé la plus grande partie de sa vie dans un fauteuil roulant. Pourtant, loin d’être amer sur son sort, Thomas était un professionnel international enthousiaste. Il s’est attaché à expliquer l’impact que les sociétés inaccessibles peuvent avoir sur la vie quotidienne des personnes handicapées, et l’importance de faire tomber ces barrières, à la fois physiques et sociales.

Ci-dessous son témoignage en août 2007:

« Plus d'une fois j'ai été invité à quitter un établissement parce que ma présence aurait « nui à son image ». Dans le train, j'ai parfois dû monter dans des voitures de fret parmi des sacs de courrier, des bicyclettes, et des animaux de ferme. On m’a refusé l’entrée aux restaurants et boîtes de nuit pour des « raisons de sécurité », ou j'ai été admis seulement des nuits où personne d’autre n'était là.

La raison est que je suis dans un fauteuil roulant et ce depuis un accident de voiture, il y a trente ans, quand j'avais quatre ans. De plusieurs façons et dans beaucoup d’endroits, les temps et les attitudes ont changé, et je ne suis plus le paria que j’étais par le passé. Les lois qui interdisent les pratiques et les comportements discriminatoires contre les personnes handicapées se sont améliorées dans quelques pays. Mais pourquoi ceci devrait être limité seulement à quelques endroits ? Il existe désormais un traité sur les droits de l'homme qui peut changer beaucoup de choses.

Mon expérience n’est rien comparée à celles de plusieurs des autres 650 millions de personnes handicapées à travers le monde qui sont souvent ostracisées par la société et rejetées par leur famille. La plupart d’entre elles n'ont aucun moyen d’accéder à l’éducation, ont peu de chance d'obtenir un emploi, de vivre de façon indépendante et de participer pleinement à la société. Avec si peu d'opportunités pour être autonomes, elles sont marginalisées, cachées et oubliées.

Les personnes handicapées sont encore largement perçues comme au mieux un problème, au pire un fardeau. Les attitudes négatives demeurent le plus grand obstacle à leur acceptation dans la société, associées à un manque d'opportunités, des barrières sociales et une protection légale insatisfaisante. Il n’existe aucune législation adéquate contre la discrimination dans plus de deux-tiers des pays.

Changer les attitudes envers des personnes handicapées prend du temps. Mais c'est un processus qui peut être énormément accéléré par un changement du cadre juridique, et aujourd’hui les pays du monde ont unanimement adopté un traité juridiquement contraignant. La nouvelle Convention sur les droits des personnes handicapées a été adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2006, après trois ans de négociations impliquant les personnes handicapées, les gouvernements, et les organisations internationales. En mars 2007, 80 pays ont démontré leur engagement en signant la Convention le jour où elle a été ouverte à la signature.

La nouvelle Convention assure aux personnes handicapées les mêmes droits qu’à tout le monde. Elle offre pour la première fois une norme minimale convenue par la communauté internationale et de réels droits de l'homme. La Convention couvre un certain nombre de domaines où les personnes handicapées ne jouissent pas de leurs droits, tels que l'éducation, l'emploi, la santé, la participation politique, l'accès à la justice, l'accessibilité et la mobilité. Dans la pratique, ceci se traduit par la construction de cabines électorales accessibles, l'abolition de pratiques discriminatoires sur le lieu de travail, et l’intégration des enfants handicapés dans le cycle scolaire normal.

La Convention est déja en train de porter ses fruits. Par exemple, la Jamaïque a rédigé une loi nationale sur le handicap et Panama a incorporé la Convention à sa législation. Les militants en faveur des droits des personnes handicapées, de l'Espagne à l'Inde et au Nigéria, ont invité leurs gouvernements à ratifier et mettre en application le traité. Il existe un sentiment croissant que les choses doivent changer.

Plus de cent pays ont signé la Convention, et jusqu'ici quatre l'ont ratifiée. Dix-sept signatures supplémentaires sont nécessaires pour que la Convention entre en vigueur. Tandis que les parlementaires de tous les pays se demandent s’ils doivent ratifier le traité, ils devraient reconnaître que les personnes handicapées ont été traitées pendant trop longtemps comme des personnes inferieures. Loin de bénéficier à tous les membres de la société, beaucoup de politiques ont discriminé les personnes handicapées. Des décisions ont souvent été prises en notre nom, mais pas nécessairement dans nos meilleurs intérêts.

La Convention arrive tardivement, mais il n’est jamais trop tard pour prendre des mesures qui assureront que la plus grande minorité du monde jouisse de ses droits. Cela peut prendre du temps à se réaliser, mais tout le monde en bénéficiera quand tous, y compris les personnes handicapées, auront les mêmes opportunités. Il appartient maintenant aux pays de ratifier et de mettre en application la Convention afin de s'assurer que les personnes handicapées ne soient plus confrontées aux  pratiques et aux comportements que moi et bien d’autres avons dû supporter. »

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